Je réfléchis actuellement à le refonte de mon blog et je vous donnerais bientôt l'occasion de réfléchir à nouveau sur des thématiques de politique du patrimoine.
Bonne continuation à toutes et à tous
JM
Afin de choisir les arguments destinés à démontrer le bien-fondé d’un nouveau tracé, l’étude territoriale est indéniablement la plus utile. Elle apporte des éléments nouveaux, qui complètent les informations déjà obtenues par l’instructeur du service départemental de l’architecture et du patrimoine, informations issues d’études antérieures, des plans cadastraux par exemple.
Afin d’établir le PPM, l’instructeur examine trois niveaux d’études : l’espace historique, l’espace urbain et l’évolution urbaine. Ces critères sont communs à
tous les nouveaux périmètres et permettent d’évaluer toutes les situations selon une grille identique. Il est important d’insister sur le fait que chaque périmètre est unique et est examiné au
cas par cas. Toute commune connaît son histoire, son urbanisme et ses transformations. Mais il était nécessaire d’établir un certain nombre d’indications communes afin de pouvoir établir des
documents du même type, et qui pourraient, à l’avenir, être jugés selon le même niveau de référence.
1. L'espace historique : un monument et son écrin
Jean-Michel Leniaud dénonce le rôle emprunté des abords, il souhaite revenir à leur état initial. Ils n’ont pas été conçus pour permettre le contrôle de l’Etat dans les centres anciens, mais pour
garantir autour du monument protégé, ce qu’on pourrait désigner comme « l’écosystème du patrimoine bâti ». Cette remarque de ce grand historien de l’architecture soulève un point
particulier, qui caractérise la volonté de cette nouvelle conception des abords voulue par le ministère. Il est nécessaire de recentrer le périmètre de protection modifié (ou le périmètre de
protection adapté[1]) sur l’écrin bâti du monument, ayant un lien organique avec ce dernier. Il faut
entendre par lien organique, un lien historique, architectural, intrinsèque.
On peut illustrer cet espace historique par une église ou un château, dont l’environnement bâti a été édifié à une époque contemporaine, lors d’un contexte particulier. Dans le département de l’Hérault, il est fréquent que les villages soient édifiés en « circulade », autrement dit en cercles concentriques, autour d’un château ou d’une église. Ceci peut s’expliquer par la présence de bandes armées ravageant les campagnes durant la fin du Moyen-âge - la plus célèbre étant celle du prince Noir, Édouard III, fils du roi d’Angleterre, ayant ravagé le Languedoc au XIVe siècle. Pour bénéficier de la protection du seigneur ou de l’évêque, le peuple se réfugiait alors autour de ces derniers : ce phénomène porte le nom d’incastellamento.
L’espace historique peut aussi se caractériser par un ensemble bâti, pensé par un même architecte, ou suivant une même volonté politique au travers d’un urbanisme programmé. Le XIXe siècle est un siècle marqué par un renouveau de l’urbanisme et une volonté de planifier l’évolution urbaine. Ainsi, Paris a subi les directives du Baron Haussmann et révélé de nouveaux grands axes linéaires, des places rondes rayonnantes, des hauteurs et des alignements de façades estimés.
Enfin cet espace peut également être reconnu au travers d’une unité de style architecturale n’ayant pas été entrepris de manière conjointe, mais se révélant être une
composante d’un ensemble plus ou moins homogène. Cette unité peut provenir d’une recherche de l’esthétisme, voire d’un mimétisme de différents propriétaires privés.
2. L'espace urbain : un territoire planifié
L’espace historique est en quelque sorte le pendant patrimonial de la procédure. L’espace urbain en est tout naturellement le pendant urbanistique. « Il est recommandé également de ne pas diviser des ensembles homogènes. » Ainsi se prononce Michel Clément, sur les limites qu’il faut donner aux nouveaux périmètres.
Une commune s’est évidemment constituée au fil des époques, selon des plans précis, ou parfois avec un certain anarchisme complexe. Pourtant, tel que l’évoque Pierre Lavedan, dans son Histoire de l'Urbanisme époque contemporaine, l’urbanisme est la science des accords. Alors que l’architecture est une utilisation de l’espace, l’urbanisme est une répartition dans l’espace. Il est par définition une science humaine, qui prévoit la fonction de chaque espace et le rôle de chaque élément bâti. L’urbanisme est donc une composante que l’on ne peut ignorer dans l’étude territoriale d’un périmètre de protection modifié.
Notre territoire est en constante évolution. Tout territoire communal est soumis à l’expansion, d’abord pour répondre au besoin du logement, suite à l’expansion démographique, ensuite pour répondre aux besoins commerciaux, suite à l’expansion des zones d’aménagement. Pourtant, la loi sur la Solidarité et le Renouvellement Urbain, du 13 décembre 2000, prévoit la reconstruction de la ville sur elle-même et le brassage des différentes fonctionnalités nécessaires à l’équilibre d’une commune. Dans le Sud de la France, et plus particulièrement dans le département de l’Hérault, la pression foncière est telle, que ce renouvellement urbain est finalement peu effectif.
D’une façon accélérée, on assiste depuis plusieurs années à une dégradation accentuée des œuvres constituant le patrimoine culturel et en particulier des monuments historiques. La cause involontaire est d’origine humaine : dégradation, modification de l’environnement, phénomène assez général résultant de l’urbanisation (constructions de routes, de voies ferrées, modification au niveau du sol…). Le rôle de l’architecte des bâtiments de France est donc de prévenir ce risque grandissant et d’accompagner l’établissement des nouveaux périmètres de protection, afin d’éviter le mitage des abords de monument historique par un urbanisme pas toujours très heureux. Sur le plan pratique, il s’agit en réalité d’éviter d’y inclure des zones déjà urbanisées de manière récente (lotissements, zones HLM), ou bien d’éviter l’intégration au sein des périmètres de zones à urbaniser, ou soumises à modifications.
[1] Le périmètre de protection adapté (PPA) est un homologue du périmètre de protection modifié (PPM). Seule la procédure de création diffère : le PPA est en effet créé au moment de la protection du monument, il accompagne la procédure de classement ou d’inscription ; le PPM est créé à tout moment dès lors que le monument est protégé.
Les 19, 20 et 21 mars 2007 ont eu lieu les Entretiens du patrimoine sur le thème « patrimoine de l’Europe, patrimoine européen ? », à l’Espace Cardin à Paris. Sujet pleinement d’actualité, puisque l’Europe a fêté les 50 ans du traité de Rome le 25 mars de cette année.
Plusieurs tables rondes ont eu lieu sur des sujets se rapportant au patrimoine bâti ou immatériel, à la création architecturale et à l’urbanisation en France, en Europe et dans le monde et à l’idée d’une identité européenne.
Les différents intervenants, de profession et de nationalité différentes, ont eu pour principale préoccupation de rechercher les critères, qui définissent notre culture et notre patrimoine en Europe. La question de l’addition des cultures ou d’une culture commune a été soulevée à de nombreuses reprises. A l’heure où l’Europe se cherche une réelle entité, il est intéressant de soulever cette question de souche commune, qui aurait du, même, se trouver à la base de toute construction européenne, et non se poser comme un complément spirituel à définir.
Nous avons donc décidé de vous en faire part en avant-première, en trois épisodes à venir cette prochaine semaine.
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