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Jeudi 3 janvier 2008 4 03 /01 /Jan /2008 12:41

La prise en compte des variables territoriales est essentielle pour l’appréciation du nouveau périmètre de protection. En effet, si Michel Clément, directeur de l’architecture et du patrimoine du Ministère de la Culture, s’est efforcé de préciser le contexte territorial au sein de la circulaire du 6 août 2004, ce n’est pour rendre le nouveau périmètre que plus convaincant. Le périmètre de protection modifié se veut être une justification, une argumentation, à l’inverse de son prédécesseur, arbitraire par définition.

 

Afin de choisir les arguments destinés à démontrer le bien-fondé d’un nouveau tracé, l’étude territoriale est indéniablement la plus utile. Elle apporte des éléments nouveaux, qui complètent les informations déjà obtenues par l’instructeur du service départemental de l’architecture et du patrimoine, informations issues d’études antérieures, des plans cadastraux par exemple.

 

Afin d’établir le PPM, l’instructeur examine trois niveaux d’études : l’espace historique, l’espace urbain et l’évolution urbaine. Ces critères sont communs à tous les nouveaux périmètres et permettent d’évaluer toutes les situations selon une grille identique. Il est important d’insister sur le fait que chaque périmètre est unique et est examiné au cas par cas. Toute commune connaît son histoire, son urbanisme et ses transformations. Mais il était nécessaire d’établir un certain nombre d’indications communes afin de pouvoir établir des documents du même type, et qui pourraient, à l’avenir, être jugés selon le même niveau de référence.

1. L'espace historique : un monument et son écrin

Jean-Michel Leniaud dénonce le rôle emprunté des abords, il souhaite revenir à leur état initial. Ils n’ont pas été conçus pour permettre le contrôle de l’Etat dans les centres anciens, mais pour garantir autour du monument protégé, ce qu’on pourrait désigner comme « l’écosystème du patrimoine bâti ». Cette remarque de ce grand historien de l’architecture soulève un point particulier, qui caractérise la volonté de cette nouvelle conception des abords voulue par le ministère. Il est nécessaire de recentrer le périmètre de protection modifié (ou le périmètre de protection adapté[1]) sur l’écrin bâti du monument, ayant un lien organique avec ce dernier. Il faut entendre par lien organique, un lien historique, architectural, intrinsèque.

 

On peut illustrer cet espace historique par une église ou un château, dont l’environnement bâti a été édifié à une époque contemporaine, lors d’un contexte particulier. Dans le département de l’Hérault, il est fréquent que les villages soient édifiés en « circulade », autrement dit en cercles concentriques, autour d’un château ou d’une église. Ceci peut s’expliquer par la présence de bandes armées ravageant les campagnes durant la fin du Moyen-âge - la plus célèbre étant celle du prince Noir, Édouard III, fils du roi d’Angleterre, ayant ravagé le Languedoc au XIVe siècle. Pour bénéficier de la protection du seigneur ou de l’évêque, le peuple se réfugiait alors autour de ces derniers : ce phénomène porte le nom d’incastellamento. 

 

L’espace historique peut aussi se caractériser par un ensemble bâti, pensé par un même architecte, ou  suivant une même volonté politique au travers d’un urbanisme programmé. Le XIXe siècle est un siècle marqué par un renouveau de l’urbanisme et une volonté de planifier l’évolution urbaine. Ainsi, Paris a subi les directives du Baron Haussmann et révélé de nouveaux grands axes linéaires, des places rondes rayonnantes, des hauteurs et des alignements de façades estimés.

 

Enfin cet espace peut également être reconnu au travers d’une unité de style architecturale n’ayant pas été entrepris de manière conjointe, mais se révélant être une composante d’un ensemble plus ou moins homogène. Cette unité peut provenir d’une recherche de l’esthétisme, voire d’un mimétisme de différents propriétaires privés.

2. L'espace urbain : un territoire planifié

 

L’espace historique est en quelque sorte le pendant patrimonial de la procédure. L’espace urbain en est tout naturellement le pendant urbanistique. « Il est recommandé également de ne pas diviser des ensembles homogènes. » Ainsi se prononce Michel Clément, sur les limites qu’il faut donner aux nouveaux périmètres.

 

Une commune s’est évidemment constituée au fil des époques, selon des plans précis, ou parfois avec un certain anarchisme complexe. Pourtant, tel que l’évoque Pierre Lavedan, dans son Histoire de l'Urbanisme époque contemporaine, l’urbanisme est la science des accords. Alors que l’architecture est une utilisation de l’espace, l’urbanisme est une répartition dans l’espace. Il est par définition une science humaine, qui prévoit la fonction de chaque espace et le rôle de chaque élément bâti. L’urbanisme est donc une composante que l’on ne peut ignorer dans l’étude territoriale d’un périmètre de protection modifié.

 
En effet, certains espaces, n’ayant aucun lien historique avec le monument, sont parfois intégrés au sein du nouveau périmètre. Pourquoi ? Selon le principe de l’espace urbain. Si l’on trace, en effet, le cône de visibilité d’un monument et que seulement certains immeubles, appartenant à un îlot homogène, sont compris dans ce cône, il paraît difficile de découper cet îlot. Comment justifier, par la suite, devant des pétitionnaires voisins, que l’un d’entre eux est soumis à la réglementation des abords et que l’autre non ? De même, si pour intégrer un ensemble historique au sein d’un PPM, un îlot donnant sur une place est compris au sein de la protection, mais les trois autres îlots (constituant façades sur cette même place), en sont exclus, il est difficile de justifier de cette logique urbaine devant un non-spécialiste. Une place est indissociable, tout comme les deux pendants d’une rue, ou bien les immeubles d’un même îlot.

3. L'évolution urbaine : un territoire en transformation, un monument dégradé.

Notre territoire est en constante évolution. Tout territoire communal est soumis à l’expansion, d’abord pour répondre au besoin du logement, suite à l’expansion démographique, ensuite pour répondre aux besoins commerciaux, suite à l’expansion des zones d’aménagement. Pourtant, la loi sur la Solidarité et le Renouvellement Urbain, du 13 décembre 2000, prévoit la reconstruction de la ville sur elle-même et le brassage des différentes fonctionnalités nécessaires à l’équilibre d’une commune. Dans le Sud de la France, et plus particulièrement dans le département de l’Hérault, la pression foncière est telle, que ce renouvellement urbain est finalement peu effectif.

 

D’une façon accélérée, on assiste depuis plusieurs années à une dégradation accentuée des œuvres constituant le patrimoine culturel et en particulier des monuments historiques. La cause involontaire est d’origine humaine : dégradation, modification de l’environnement, phénomène assez général résultant de l’urbanisation (constructions de routes, de voies ferrées, modification au niveau du sol…). Le rôle de l’architecte des bâtiments de France est donc de prévenir ce risque grandissant et d’accompagner l’établissement des nouveaux périmètres de protection, afin d’éviter le mitage des abords de monument historique par un urbanisme pas toujours très heureux. Sur le plan pratique, il s’agit en réalité d’éviter d’y inclure des zones déjà urbanisées de manière récente (lotissements, zones HLM), ou bien d’éviter l’intégration au sein des périmètres de zones à urbaniser, ou soumises à modifications.

 

 

[1] Le périmètre de protection adapté (PPA) est un homologue du périmètre de protection modifié (PPM). Seule la procédure de création diffère : le PPA est en effet créé au moment de la protection du monument, il accompagne la procédure de classement ou d’inscription ; le PPM est créé à tout moment dès lors que le monument est protégé.

Par JM - Publié dans : Thèmes d'actualité
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